Association internationale
du développement urbain

Résumé #2 de la SESSION 2 – URBANITÉ, BIEN-ÊTRE ET CRISES

INTRODUCTION ET CADRAGE — HELLE JUUL, Présidente de l’INTA) 

Helle Juul, présidente de l’INTA, a ouvert la session en posant la question centrale : comment le développement urbain peut-il non seulement répondre aux crises, mais renforcer activement la résilience et le bien-être humain ? Elle a rappelé que les villes font face à de multiples défis qui se recoupent — changement climatique, inégalités sociales, pénurie de logements, migration, santé publique — rendant plus cruciales que jamais la façon dont nous concevons, gouvernons et habitons nos villes.

Deux intervenantes ont été présentées : Anne Bach Nielsen (professeure associée, département de santé publique, Université de Copenhague) et Camila Jordan (directrice des relations institutionnelles et du plaidoyer, TETO Brazil), toutes deux invitées à explorer comment les principes de la ville humanisante peuvent renforcer la résilience urbaine en temps de crise.

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Camila Jordan – Le droit au logement, notamment par la construction d’abris d’urgence et de projets de développement communautaire.

Camila Jordan, ingénieure environnementale, urbaniste et chercheuse en politiques publiques, allie expertise académique et 13 ans d’expérience de terrain au sein de TETO, une organisation latino-américaine spécialisée dans le logement. Originaire de Colombie, elle vient de terminer un diplôme de troisième cycle en urbanisme social au Brésil — une méthodologie largement façonnée par l’expérience de Medellín.

Introduction

Merci beaucoup de m’avoir invitée. Pour vous, c’est une session d’hiver ; pour moi, c’est en réalité une session d’été puisque je suis dans le Sud global — mais je suis très heureuse d’être ici. Je pense que nous avons besoin de plus en plus d’espaces comme celui-ci, où différents pays et différentes perspectives se réunissent.

Ce qu’il est le plus important de savoir, c’est que j’ai commencé comme bénévole chez TETO — une organisation latino-américaine — et que j’y travaille depuis 13 ans à différents titres : bénévole, directrice exécutive, et désormais directrice des relations institutionnelles et du plaidoyer.

LE CONTEXTE BRÉSILIEN

Le Brésil compte 59 millions de personnes vivant dans la pauvreté — un chiffre comparable à la population totale de la Colombie — ce qui en fait l’un des pays d’Amérique latine les plus touchés. La crise du logement y est aiguë : 16 millions de personnes vivent dans des favelas, 6 millions de logements manquent, et 25 millions de ménages font face à des déficits qualitatifs, la plupart des constructions ayant été réalisées en autoconstruction sans appui professionnel. L’action de TETO ne cible pas les grandes favelas consolidées — visibles sur les images de Rio de Janeiro, dotées de capital social et engagées dans un processus d’intégration urbaine — mais les établissements hyper-vulnérables où 40 % des habitants vivent encore dans des baraques en bois ou des constructions de fortune : ce que Camila Jordan appelle l’urgence du logement.

L’URGENCE DU LOGEMENT : UNE CRISE INVISIBLE

Aucune politique publique au Brésil ne s’adresse spécifiquement aux familles vivant dans l’urgence du logement. Le principal programme national — Minha Casa Minha Vida — repose sur le crédit, le rendant structurellement inaccessible à ceux qui vivent dans des baraques en bois. L’urgence du logement se définit par une accumulation de privations : constructions précaires et auto-bâties, absence d’assainissement et d’isolation, raccordements d’eau et d’électricité non sécurisés, exposition aux inondations et aux glissements de terrain, absence totale d’intimité. Cette crise invisible précédait la crise climatique — et en est aujourd’hui activement amplifiée. Les structures de vulnérabilité étaient déjà ancrées dans la société ; le changement climatique en accélère les conséquences pour ceux qui y ont le moins contribué.

UNE HISTOIRE HUMAINE

Camila Jordan a mis un visage humain sur l’urgence du logement en livrant un témoignage personnel : une mère vivant avec son bébé de dix mois dans une baraque s’inondant jusqu’à 70 centimètres à chaque pluie, tandis que des serpents entraient par les trous du plancher. Contrainte de rester debout sur une table pendant des heures, profondément déprimée et totalement isolée, elle incarnait le quotidien de ceux qui vivent dans l’urgence du logement. Une nouvelle maison a tout changé : elle lui a ouvert la perspective d’un avenir. Sa fille, qui ne rampait pas par terre, encore en raison de conditions insalubres, s’est mise à marcher plus tôt que prévu.

« Les maisons ne sont pas que des foyers pour nous — elles sont l’espoir.  » — Lidwina, leader communautaire.

POURQUOI LE LOGEMENT DOIT PASSER EN PREMIER

La conviction centrale de TETO est que le logement doit passer en premier — même transitoire — car les personnes vivent déjà dans un état d’urgence permanent qui précède le changement climatique. Un abri décent est le socle de tout le reste : sauver des vies, prévenir les maladies, restaurer l’estime de soi, soutenir la santé mentale et réduire la pauvreté. C’est également la position de l’Organisation mondiale de la santé.

LE MODÈLE TETO

Fondé au Chili il y a près de 30 ans et présent aujourd’hui dans 18 pays d’Amérique latine, TETO mobilise de jeunes bénévoles pour construire des maisons en partenariat avec les communautés, selon la méthodologie du mutirão — travail collectif communautaire — permettant de bâtir 5 à 20 maisons en un seul week-end. Au Brésil, TETO a accompagné plus de 5 200 familles et mobilisé plus de 100 000 jeunes dans six États et le District fédéral.

THE SCALE OF THE CHALLENGE

L’ampleur de l’urgence du logement au Brésil défie toute solution rapide : au rythme d’une favela urbanisée par semaine — objectif déjà irréaliste — il faudrait 230 ans pour intégrer tous les établissements informels dans le tissu urbain. Avec plus de 5 000 municipalités, dont la plupart manquent de ressources et de capacités techniques, les communautés sans capital social ni voix collective sont tout simplement ignorées. Celles qui portent le fardeau le plus lourd sont les femmes noires élevant seules leurs enfants — le groupe le plus touché par le déficit de logements au Brésil.

TROIS PROTOTYPES : LES SOLUTIONS DE LOGEMENT DE TETO

La Maison d’urgence (Emergency House) — construite depuis plus de 30 ans à travers l’Amérique latine. Édifiée en deux jours par des bénévoles. La famille participe à la construction, ce qui génère une profonde transformation dans la façon dont elle se perçoit et mobilise la communauté.

La Maison Graine (Seed House) — une maison plus grande, comprenant une pièce, une cuisine et une salle de bain. La construction dure environ 10 jours et requiert davantage d’expertise technique. Conçue en partie pour attirer des partenariats gouvernementaux.

La Maison Résiliente (Resilient House) — prototypée en 2024, déployée en 2025. C’est sur elle que porte la présentation d’aujourd’hui.

LA TECHNOLOGIE SOCIALE

TETO n’est pas une entreprise de construction. Nous n’intervenons pas, ne construisons pas, puis ne repartons pas. Nous disposons d’un processus et d’une méthodologie complets pour accompagner les familles, mobiliser les communautés et fournir des outils pour les processus de développement communautaire. L’écoute active est ancrée dans notre ADN en tant qu’organisation.

L’articulation entre travail technique, travail social et développement communautaire garantit que l’impact va bien au-delà de la construction physique. La mobilisation des jeunes et la participation communautaire sont également essentielles pour faire évoluer les représentations autour des communautés, dont les membres se sont sentis invisibles pendant la majeure partie de leur vie.

VOIX DU TERRAIN

Mirjeli — photographiée quelques semaines après la construction de sa maison — a déclaré :

« Ensemble, nous avons construit la maison avec des bénévoles, et nous l’avons fait en deux jours. Le troisième jour, il a plu très fort. Si j’avais encore été dans mon ancienne baraque, j’aurais tout perdu. « 

Paulina — qui avait perdu ses affaires à plusieurs reprises lors d’inondations et avait honte de recevoir des visiteurs dans son ancienne maison — a dit à la fin de son entretien :

« Maintenant, mes enfants dorment. Et maintenant, ils rêvent aussi.« 

RECHERCHES ET RESSOURCES

TETO a une forte tradition de recherche et d’évaluation d’impact. Je vous invite à consulter le Panorama Climatique — une étude portant sur la façon dont les habitants de 119 communautés de toutes les régions du Brésil perçoivent le changement climatique, sur les solutions qui émergent déjà au sein de ces communautés, et sur les solutions qu’ils souhaitent voir soutenues par les gouvernements.

Si nous abordions le processus d’adaptation dans une logique ascendante, il serait bien plus rapide — car les communautés savent déjà ce qui doit être fait. Toutes les publications évoquées aujourd’hui sont disponibles en anglais.

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