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Quelques remarques pour servir de conclusions au congrès INTA36

INTA36 a été un Congrès intense, avec 40 interventions réparties sur 3 demi-journées, embrassant un spectre large d'enjeux urbains.


Nos remerciements vont aux entreprises CIPUTRA, RATP, Logis Transports et SEDP qui ont aidé à la réalisation de cet événement; ensuite au Secrétariat et à tous les délégués venant de 20 pays différents pour leur participation et leur attention diligente.

La diversité des thèmes et des contributions a contribué à rendre ce Congrès stimulant et enrichissant. Il est donc difficile dans un bref résumé de dire en peu de lignes ce qui s’est passé. Ancien président de l'INTA et ancien adjoint au maire de Lyon, Henri Chabert et moi même, avons relevé le défi : ne vous attendez pas un compte rendu textuel de ce qui a été énoncé. Il s'agit plutôt d'un balayage structuré par grandes catégories de principes d'aménagement et rendant compte de la complexité révélée par les discussions.
Chacun de nous a retenu quatre notions, parfois abordées de façon très simplifiée (parfois il s’agit d’une concaténation). Malgré certains chevauchements inévitables, nos remarquent embrassent le contenu et l'esprit du 36ème Congrès de l'INTA.

On peut pas dissocier la solidarité de l’économie; sans l’économie qui soutient le développement on n’a pas de développement urbain et encore moins de solidarité. L’acte fondamental de tout développement urbain c’est d’abord l’économie. C’est même dans l’association entre l’économiste, l’urbaniste et le créateur de richesse que doit se faire la construction de la ville.

Le fonds publics étant des plus en plus difficiles à mobiliser, les contraintes qui pèsent sur le développement urbain sont plus lourdes. Il n’y a pas de richesse sans créativité, sans innovation, sans entreprenariat comme l'ont clairement montré les débats tout au long du congrès.

La gouvernance est à parfaire à travers des synergies plus intenses entre pouvoirs publiques, société civile et entreprises elles mêmes. Parlons alors de territoires à économies positives. Chaque territoire a des faiblesses, mais aussi des forces et des opportunités à saisir.

Habitat
Facteur d’inégalité ou d’intégration? Comment encourager le parcours résidentiel ou doit-on viser l’assignation à résidence?
La question du foncier et de son optimisation : comment peut-on valoriser le foncier urbain et le conserver abordable pour tous les groupes sociaux?
Intensité plutôt que densité; une ville intense est beaucoup plus qu'une ville dense. Surenchère réglementaire ou sobriété durable? Quelles solutions pour les mal logés du monde?

Culture
Contrepoids de la mondialisation, la culture est un vecteur de la différenciation positive entre les pays, les métropoles et aussi l’expression de l’âme d’une ville. C'est encore, c’est le miroir d’une civilisation. On n’imagine pas un aménagement urbain sans aménités et sans paysagiste mais on l’imagine encore sans artiste

Personnalisation
Pas d’opposition entre technique et humain, au contraire; mettre les techniques au service des hommes, de tous les hommes.
La solidarité ne se limite pas aux frontières administratives de nos cités; nous nous déclarons citoyens du monde mais qu'en est-il de la solidarité mondiale?

Mobilité
Le changement technologique se poursuit à un rythme sans précédent dans l'histoire. Nous le savons tous. Ceux d'entre nous engagés dans la pratique du développement et l’aménagement urbain devont savoir reconnaître et comprendre quelles innovations se propagent dans le monde, en particulier dans les villes les plus avancées. Les modes de déplacement se diversifient rapidement et il important de prendre la mesure des changements qui surviennent et la façon dont les villes répondent aux nouveaux besoins qui peuvent être coûteux pour les collectivités locales.
Tainan et Paris ont montré comment les coûts peuvent être absorbés en capitalisant sur les opportunités immobilières qui naissent du mélange d'activités autour des nœuds de transport, et de l'exploitation des droits d'air au-dessus des bâtiments industriels reconvertis. Ce n'est pas une idée nouvelle, mais une utilisation plus créative du foncier peut aider à subventionner le logement social.
Les avancées multiples et rapides dans les communications et les technologies de l'information influencent la façon dont nous vivons, travaillons et interagissons. Toutefois, la plupart des nouvelles technologies ne remplacent pas complètement les technologies plus anciennes. Elles sont employées pour "produire" plus de déplacement, souvent des déplacements autrement, et plus de communication. Dans les villes les plus développées, les habitants ont accès à des modes de transport public d'une grande diversité : train, tram, bus express, bus urbains, taxis et vélo. Auxquels s'ajoutent les modes de transport privé qui restent la marche, la voiture, le scooter et la moto, le tricycle motorisé, etc. Les solutions logicielles, ainsi que "hard" sous forme de voitures électriques et transport par câble, permettront d'améliorer encore plus la mobilité urbaine. Toutefois, ces progrès qui semblent continus ne sont pas immédiatement disponibles pour les villes des économies émergentes qui rencontrent de grandes difficultés de financement pour équiper en modes de transport adaptés à leur croissance rapide.

Vous avez dit "valeur"
Pour ce qui est de la notion de «valeur» la langue française est plus précise que l'anglais; nous voulons parler de «la valorisation» plutôt que «valeurs morales», c'est-à-dire «de la valeur comme qualité» plutôt que de «des valeurs monétaires»
Dans le questionnaire d'évaluation, un délégué a écrit «je me suis rappelé de l'importance de regarder au-delà du projet individuel afin d'en saisir la valeur pour le développement global et l'intérêt général. » Il faut garder cette remarque à l'esprit, à côté d'autres commentaires sur le rôle de la «société civile» dont beaucoup mesurent l'importance grandissante.

L'investissement social, l'économie sociale et solidaire, est à la hausse, quoique lentement. Je suis un défenseur de l'importance fondamentale du «troisième secteur» dans la création de communautés urbanisées durables. Comment le troisième secteur peut évoluer est une autre histoire pour une autre fois. Le point à souligner ici est que des nombreux intervenants ont parlé de la valeur des projets dans lesquels ils sont impliqués. Mais nous n'avons pas des méthodes sophistiquées de mesure de cette valeur. C'est un chantier à ouvrir pour les Communautés de compétence de l’INTA.

Les investissements sociaux doivent être beaucoup plus structurée en termes de bénéfice social qu'ils créent. Les paramètres sont bien sûr liés aux résultats financiers non seulement à des critères sociaux plus subjectifs. Par exemple, une société d'investissement social peut être mise en place pour réduire le pourcentage de récidives. Un calcul est effectué pour savoir combien coûte à la société un récidiviste. Ces derniers peuvent bénéficier d'un accompagnement par la société d'investissement social pour vérifier si oui ou non ils récidivent. Le gouvernement rémunère la société d'investissement social, en fonction de chaque point de baisse en pourcentage de la récidive. Ainsi, il n'est pas difficile d'envisager un projet de recherche qui aboutit à une liste de critères et à un ensemble de paramètres qui servent à la mesure de la valeur des projets de développement.

Compétitivité et identité
Ces thèmes sont ensemble car se posent des problèmes d'identité à l'échelle locale et à l'échelle métropolitaine. Il s'agit d'un problème commun entre les pays développés et émergents. Compétitivité et identité se posent également au niveau régional - les pressions en ce sens de la Catalogne et de l'Écosse, par exemple, le confirment facilement. Le général de Gaulle a dit un jour à Winston Churchill "Imaginez les difficultés à gouverner un pays avec plus de 300 variétés de fromages". Aujourd'hui, il aurait pu dire "Imaginez gouverner une métropole avec plus de 1.300 communes". Je ne suis pas sûr que cette métaphore soit appropriée dans d'autres lieux, mais je suis sûr que les maires de Lima, de Jakarta, de Porto Novo et de Rotterdam ont leur propre image de la fragmentation, de l'identité et de la gouvernance.

Les villes sont les moteurs de l'économie. Cela est devenue une évidence, alors que la moitié de la population mondiale vit dans les villes. Cette proportion est en croissance rapide, créant des groupements de villes et de villages qui forment des métropoles. Le passage d'une stratégie pour la Ville à une stratégie pour la Métropole porte avec elle des problèmes de cohérence, de liens et d’identité.

Métropoles qui fonctionnent le mieux procurent des avantages significatifs en termes de production, emploi, compétences, recherche et innovation. Au niveau macro de la métropole, nous pouvons voir dans cette ère de l'information que l'utilisation de «mesures de compétitivité» va augmenter, et plusieurs indicateurs seront utilisés seuls ou en combinaison : le capital humain, la capacité d'innovation; l'entrepreneuriat; les technologies de l'information, l'infrastructure, les facteurs économiques; la performance économique et écologique, la durabilité, la qualité de la vie ...

L'INTA est bien placée pour utiliser les talents nombreux et variés de ses adhérents pour conseiller sur ces questions. En ce sens, nous sommes tous les ambassadeurs de l'INTA. L'association fait face aux mêmes difficultés que nos économies. Elle a besoin de plus de membres, plus de participation, et plus d'activités. Je vous encourage tous à aider à cet égard, même s'il est évident que chacun a des disponibilités limitées à cause de ses engagements professionnels. Les congrès et les panels sont des occasions exceptionnelles pour apprendre et échanger. Pour finir sur la question de l'identité, je propose une histoire sous forme de fable. Il s'agit d'un singe, d'un hibou et d'un lion.

Le singe ayant vécu dans la forêt pendant 5 ans et en avait assez de sa vie de singe. Il souhaitait plus de satisfaction. Il alla donc voir la vielle et sage chouette pour lui demander conseil. Il dit à la chouette qu'il en avait assez de monter et de descendre des arbres toute la journée et d’être l'objet de plaisanteries, de mauvais traitements et d'insultes des autres animaux. Il lui dit qu'il n'aimait pas l'emploi d'expressions vexantes à son encontre telles que «faire le singe», "malin comme in singe" et «monnaie de singe» et lui a demandé comment il pourrait changer d'identité.

La vieille chouette écouta patiemment l'histoire des frustrations du singe. Elle lui dit. «Je pense que tu veux être comme un lion». Le singe lui répondit sautant de joie : «Oui, c'est ça. Un lion. Le lion est le roi de la jungle». «Eh bien, la transformation peut être difficile», dit la chouette, mais possible". Ce que je te recommande est de développer ta voix pour essayer d'imiter le rugissement du lion. Essaye de respirer profondément et rugis. Ensuite, reviens me voir ».

Une semaine plus tard, le singe revient. Son hurlement était loin d'être celui du lion, mais la chouette pensait que c'était acceptable pour un début. "Bien dit la chouette, garde le rugissement, maintenant essaye de faire pousser tes ongles en griffes en cessant de grimper aux arbres »

Une semaine plus tard, le singe revient. Ses griffes étaient plus longues, son rugissement était plus fort mais il n’était pas proche de celui du lion. "Pas mal dit la chouette. Maintenant, garde le rugissement et les griffes et essaye de bondir pendant une semaine avec les mâchoires ouvertes, ne saute pas trop loin au début, mais entraine toi pendant une semaine. »

Une semaine plus tard, le singe revient. Il attrape la chouette par la gorge et lui dit «C'est un non-sens. Il n'y a aucun moyen pour un singe de devenir un lion. Dis-moi pourquoi je ne devrais pas te tuer pour tous ces mauvais conseils». «Tu ne devrais pas me tuer », répondit la chouette« parce que je suis responsable seulement de la politique d'orientation, et pas de la mise en œuvre ! »

Qu'avons-nous appris ?

1. Prendre en compte suffisamment tôt les attentes. Ces dernières doivent être réalistes.
 La barre doit être placée haut, mais à un point où les attentes peuvent être satisfaites si tout va bien, pas à un niveau où elle deviennent irréalistes.
2. Profiter au maximum de ce que nous avons. Il est plus facile de construire sur nos atouts que de changer complètement notre identité.

3. Essayer d'évaluer les résultats escomptés de l'investissement avant de commencer, et non a posteriori.

4. Consulter les personnes les plus concernées par le changement. Ceci pour trois raisons :
- Les personnes qui sont directement concernées par les projets de développement ont le droit d'être informés et impliqués;    
- Personne n'a le monopole des bonnes idées et l'échange et la discussion peuvent produire des solutions qui n'auraient pas été prévues;
- Si les acteurs locaux se sentent impliqués il y aura moins opposition à la mise en œuvre et un plus grand sentiment d'appropriation, lorsque les projets seront réalisés.

Roy Adams et Henry Chabert

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Association Internationale de Développement Urbain

Une association internationale de membres qui partagent connaissances, expériences et savoir-faire pour un développement urbain intégré.  // EN SAVOIR PLUS