Lisbon 9april 2Séminaire international sur l'innovation sociale dans le développement locale et l'écosystème entrepreunarial innovant, Lisbonne, 9 avril 2015 

Les membres du conseil d'administration de l'INTA, réunis à Lisbonne ont participé en tant qu'intervenants et participants à un séminaire organisé en collaboration avec la Ville de Lisbonne qui s'est tenu le jeudi 9 avril 2015. Ce séminaire à destination d'élus et de techniciens de la ville a traité de l'innovation social dans le développement local et l'écosystème innovant entrepreunarial.

La stratégie municipale du logement et du développement local a été présentée par Paula Marques, adjointe au Maire en charge de l'habitat et du développement local.

Lors de la session d'ouverture, les élus lisboètes ont rappelé les 24 années de collaboration entre la municipalité de Lisbonne et et l'INTA dans le développement des villes et des régions, en présentant un ensemble de politiques publiques mises en oeuvre par la municipalité dans le champ de l'habitat et du développement local.

Dans l'après-midi Graça Fonseca, asjointe au Maire en charge de l'économie et de l'innovation, a fait une présentation des stratégies développées par la municipalité, au cours des 5-6 dernières années, pour soutenir l'entrepreneuriat et le développement de l'économie locale et la reconnaissance internationale gagnée notamment avec l'attribution du Prix Ville européenne entreprenante.

 

Le texte suivant est le résumé de l'intervention de Michel Sudarskis, Secrétaire général de l'INTA introduisant le concept d'innovation sociale lors du séminaire.

Les enjeux de l'innovation dans les territories

Favoriser l’innovation socio-économique pour apporter des réponses aux difficultés engendrées par la crise

La montée du chômage et la précarisation du travail, l’accroissement des inégalités d’accès aux services d’intérêt général, les difficultés rencontrées par de nombreuses petites et moyennes entreprises sur les territoires et la dégradation accélérée de l’environnement appellent à inventer de nouvelles formes de solidarité sur les territoires ainsi que des réponses entrepreneuriales et citoyennes à des besoins sociétaux grandissants.

Contribuer activement à la reconversion écologique et sociale du tissu économique local

La reconversion écologique et sociale du tissu économique local, à laquelle invitent de nombreux scénarios de sortie de crise, nécessite un travail important de recherche-développement et d’innovation. Mettre en place des processus de production de biens et services plus économes en énergie et matériaux, accompagner l’émergence de nouveaux métiers et emplois verts, sensibiliser et inciter les populations à changer leurs habitudes de consommation, relocaliser les activités économiques sont autant d’impératifs ouvrant à un développement à la fois plus sobre matériellement et plus riche en emplois.

Renforcer le tissu économique local par la coopération et la mutualisation

Aussi innovantes soient-elles, de nombreuses entreprises doivent relever simultanément plusieurs défis : atteindre une taille critique pour répondre à une demande croissante de consommation responsable et investir dans l’innovation socio-économique ; créer, pérenniser ou reprendre des activités tout en sauvegardant des emplois dans un contexte de crise ; anticiper la rationalisation des budgets publics et s’organiser face à la mise en concurrence croissante des services d’intérêt général. Pour y répondre, des stratégies de coopération et de mutualisation sur les territoires sont indispensables.

Réduire les inégalités territoriales

La mobilité comme projet de territoire est insuffisante au regard des inégalités spatiales; l’absence d’un projet social ambitieux et innovant mené de front avec le renouvellement urbain limite l’impact de ce dernier ; les inégalités socio-spatiales ne trouveront de réponses que dans une amélioration des conditions socio-économiques de vie des populations défavorisées ; c'est à dire dans une action publique ambitieuse et intégrée dont la réussite suppose une politique de gestion de proximité concertée entre tous les acteurs et une implication réelle des habitants des quartiers ; c'est là où réside le potentiel de l'innovation sociale.

Le renouvellement urbain suppose une politique de la ville ambitieuse et accentuée dans les domaines éducatif, économique, social, environnemental, culturel ou de sécurité, une présence renforcée des services publics, une mobilisation plus systématique des politiques de droit commun. Cela implique également une meilleure prise en compte de l’avis des citoyens, leur plus grande implication dans une démocratie locale active.

Des progrès importants restent à accomplir sur plusieurs priorités :

  • le désenclavement des quartiers par une politique de mobilité renforcée ;
  • la présence de services publics sur le territoire - éducation, santé, services administratifs, sécurité publique, promotion de l'action citoyenne ;
  • la rénovation des copropriétés dégradées du parc social s'accompagnant du traitement des espaces publics - façades, parcs , jardins, promenades, etc..

Le volet emploi, développement économique, diversification fonctionnelle avec la création de commerces et de services dans ces quartiers, implique que des dispositifs d’insertion, d’accompagnement des demandeurs d’emplois soient présents au plus près des populations des quartiers et d’amplifier le soutien à la création de micro-entreprises et au développement de l’économie sociale et solidaire.

Une des contraintes qui aujourd'hui se marque dans plusieurs villes européennes est le manque de foncier commercial abordable. Le renouvellement urbain suppose le financement de la création d'un immobilier d’activités (pouponnières de micro-entreprises) via la transformation d’usage d'immeubles du parc social ou des pieds d'immeubles dans les quartiers d'habitation sociale. La pression économique pourrait être abaissée avec la création d'un fonds d'innovation sociale en direction des micro entrepreneurs et du monde associatif au niveau de la municipalité, ou de la région urbaine.

L'innovation sociale, une ambition pour l'action publique

L’innovation sociale est généralement définie comme la conception et la mise en œuvre de réponses créatives aux besoins sociaux. Toutefois, cette définition limite l’innovation sociale au seul champ de la protection sociale. Nous proposons un élargissement de la notion où l’innovation sociale se traduit par l’émergence de groupes de personnes actives et entrepreneurs qui inventent et concrétisent des façons originales de gérer leurs problèmes quotidiens allant de la garde d’enfants ou la prise en charge de personnes âgées, à la recherche d’une alimentation saine et naturelle ; de l’entretien d’espaces verts à l’usage de modes de transport alternatifs ; de la création de réseaux de nouvelles solidarités à la création de nouvelles façons d’habiter et de partager des biens et des services.
Cette approche dépasse largement la notion d’aide sociale et renvoie davantage à une innovation "pour les citoyens et par les citoyens". En permettant la coproduction de nouveaux services, on invente, on crée, on innove, dans des champs parfois très éloignés de ce que peuvent être l’innovation technologique.
Cette notion d’innovation sociale peut être appliquée à de nombreux champs de l’action publique autre que le champ social. Dans l’économie (coopératives), dans le numérique (réseaux sociaux en ligne), dans l’agriculture et l’alimentation (filières courtes), dans les transports (covoiturages), etc.
A titre d'exemple, beaucoup de villes pourraient trouver avantage à favoriser l'innovation sociale dans l'habitat.

L'innovation sociale dans l'habitat : faire du développement durable autrement

Entretenir un logement, payer le loyer, respecter le voisinage... Face aux problèmes que présente un vaste public de locataires requérant un accompagnement spécifique, des solutions existent : aide, soutien, assistance… Ces solutions passent par des partenariats, parce que l’accompagnement social dépasse la simple gestion immobilière, et qu’il est indispensable de distinguer les compétences et les responsabilités de chacun des acteurs.

On peut envisager des solutions expérimentées à d'autres contextes et d'autres échelles territoriales pour répondre au triple défi :
• du lien social intergénérationnel, en proposant un pacte innovant du vivre ensemble basé sur la solidarité des résidents, de l’entraide et du respect du cadre de vie ;
• de la transition énergétique, en privilégiant des immeubles de petite taille, BBC et donc peu gourmands en énergie, offrant une flexibilité de composition pour adapter les logements aux besoins et caractéristiques des futurs occupants ;
• du pouvoir d’achat, en économisant  sur les charges locatives par la participation des résidents à la vie de leur résidence.

Au Québec, la Société d’habitation (SHQ) a élaboré un Cadre de référence sur le soutien communautaire en logement social, résultat de travaux conjoints entre le réseau de l’habitation et celui de la santé et des services sociaux. Plusieurs services ou activités constituent le soutien communautaire en logement social ; ils peuvent se répartir entre activités découlant de la vie collective, comme la participation volontaire de locataires aux instances démocratiques de l’organisme ; – des interactions entre les personnes qui s’y retrouvent ; – des activités ou services, comme l’accueil, la référence, la coordination, l’accompagnement auprès des services publics, la gestion de conflits entre locataires potentiellement occasionnés par une situation personnelle ou une incapacité, l’intervention en situation de crise, l’intervention de soutien, le soutien aux comités de locataires et aux autres comités, l’organisation communautaire, les services alimentaires, les services d’animation et de loisirs, la présence et la surveillance continues, le soutien civique, l’aide à la gestion budgétaire, l’aide à la gestion du bail (droits et responsabilités lies au bail). Ces services se distinguent des services de santé, ce sont plutôt des services légers d’accompagnement des milieux de vie.

Le Danemark est connu pour ses réalisations adaptées au public le plus marginalisé, présentant notamment des troubles de santé mentale. Là où l’individu ne peut s’adapter aux usages de la vie collective, on élabore une structure susceptible de répondre à ses problèmes pour l’aider à intégrer la communauté.

En France des bailleurs sociaux ont mis en place au niveau des résidences d'habitat social des solutions qui visent à la fois à créer du lien social, de la solidarité intergénérationnelle, du pouvoir d'achat supplémentaire aux résidents par la réduction des charges locatives, et les conditions d'un mieux vivre par une conception architecturale économe en énergie. Ce concept d'accompagnement social propose une approche innovante de l’habitat social, fondée sur la solidarité intergénérationnelle, le voisinage actif et l’éco-responsabilité qui permet aux locataires de se former et de s’organiser de façon responsable.

Les solutions conduites par des sociétés de logement social visent à améliorer le cadre de vie de leurs locataires, la durée de vie des infrastructures ainsi que la qualité de vie de l’ensemble de la communauté. En retour, les entreprises de logement social attendent de cette amélioration globale une diminution des impayés et des troubles de voisinage.

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