Il ne faut pas s’y tromper une forme de dégagisme continue depuis l’élection présidentielle de 2017. Certes le clivage droite/ gauche n’a pas totalement disparu mais il y a d’autres clivages qui apparaissent et qui complexifient durablement la vie politique locale ou nationale. D’abord la légitimité des élus est remise en cause et les contestations deviennent de plus en plus fréquentes et radicales face à des institutions démocratiques dévalorisées. La perte de la confiance non seulement par rapport aux dirigeants mais aussi par rapport aux autres qui nous entourent pose la question de ce que nous sommes capables de mettre en commun. Les critiques sur la densité ou sur les métropoles démontrent souvent un refus de l’autre. Valorisation de l’éloignement et repli sur soi et sa famille. Maintenant il ne suffit pas de mélanger les groupes sociaux pour créer de la convivialité. Il faut y mettre beaucoup d’autres choses ce qui rend le débat urbain souvent difficile.

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Ce que nous dit le résultat des municipales de juin 2020

Tribune de Jean-Yves Chapuis, sociologue, urbaniste, élu rennais de 1983 à 2014, ancien vice-président à la Métropole et directeur de l’école d’architecture de Rennes. Il est aujourd’hui consultant en stratégie urbaine.

Il ne faut pas s’y tromper une forme de dégagisme continue depuis l’élection présidentielle de 2017. Certes le clivage droite/ gauche n’a pas totalement disparu mais il y a d’autres clivages qui apparaissent et qui complexifient durablement la vie politique locale ou nationale.

D’abord la légitimité des élus est remise en cause et les contestations deviennent de plus en plus fréquentes et radicales face à des institutions démocratiques dévalorisées. La perte de la confiance non seulement par rapport aux dirigeants mais aussi par rapport aux autres qui nous entourent pose la question de ce que nous sommes capables de mettre en commun. Les critiques sur la densité ou sur les métropoles démontrent souvent un refus de l’autre. Valorisation de l’éloignement et repli sur soi et sa famille. Maintenant il ne suffit pas de mélanger les groupes sociaux pour créer de la convivialité. Il faut y mettre beaucoup d’autres choses ce qui rend le débat urbain souvent difficile.

La question environnementale préoccupe de plus en plus les français et cela se diffuse dans toutes les strates de la société. Ce point est nouveau. Mais il va bien au-delà du parti des verts (EELV)et il va poser un certain nombre de questions qui vont plutôt nous diviser que nous unir comme le dit avec pertinence Pierre Charbonnier. « L’écologie peut apparaître comme une opportunité pour les uns, et comme un luxe, voir un fardeau pour les autres. Certains peuvent intégrer les normes écologiques à leur vie sous la forme d’une amélioration de leur santé et de leurs conditions d’habitat, quand d’autres sont contraints, par le chantage à l’emploi et le coût de la vie, à rester prisonniers de l’automobile, de l’alimentation industrielle et de la précarité énergétique. »

Cela peut aussi passer par un clivage qui est à l’intérieur de chacun : vais-je passer mes vacances en France et ne pas prendre l’avion pour aller à l’étranger afin de ne pas avoir trop d’émissions de CO2 ?

Plus philosophiquement se posera la question d’être capable de s’auto-limiter personnellement et collectivement. C’est ici que la démocratie de la connaissance prend tout son sens pour définir ces limites.

Le déclin de la parole publique rend le débat difficile. Exprimer un projet ambitieux qui aille au-delà d’un budget ou de prochaines élections devient presque impossible. Le système économique dans le quel nous vivons a permis d’assurer aux gens un niveau de vie croissant, cela a permis d’entrer dans la société de consommation. Aujourd’hui nous sentons bien qu’il faut aller au-delà sinon les risques liés au climat et aux nouvelles formes d’inégalités deviennent insupportables. Mais comment emprunter un nouveau chemin, est-on capable chacune et chacun de prendre notre sort en main ? En-a-t-on vraiment le désir ? On sent bien que la société depuis 2017 cherche un nouvel horizon politique. Or on se trouve dans un déni qui est le suivant : la nature aura toujours le dernier mot. Les technologies qui sont là pour vaincre les limitations naturelles de la liberté et du confort humains sont aussi capable de détruire la couche d’ozone et de rendre la terre inhabitable. Ce sont des évidences, mais accepter ces évidences est difficile dans nos sociétés modernes, le fantasme de l’autonomie technologique   de l’être humain indique que notre culture narcissique n’accepte pas les limites, comme la magnifiquement expliqué Christopher LASCH. Le monde n’est pas là pour la seule satisfaction de nos désirs, les autres y ont droit aussi. La démocratie se doit de définir collectivement ce que nous voulons, quitte à être un moment aussi contre nous-même.

Vaste débat, exigence forte et vigilance permanente.

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