Un individualisme de singularité, une plus grande autonomie dans l’entreprise entraîne une angoisse existentielle grandissante. Pierre Rosanvallon montre que le passage d’un individualisme universaliste à un individualisme de singularité va rendre l’action politique difficile dans le cadre des institutions de la démocratie représentative. Pourquoi ?

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Le Passage d’un individualisme d’universalité à un individualisme de singularité

Tribune de Jean-Yves Chapuis, sociologue, urbaniste, élu rennais de 1983 à 2014, ancien vice-président à la Métropole et directeur de l’école d’architecture de Rennes. Il est aujourd’hui consultant en stratégie urbaine.

Un individualisme de singularité, une plus grande autonomie dans l’entreprise entraîne une angoisse existentielle grandissante. Pierre Rosanvallon montre que le passage d’un individualisme universaliste à un individualisme de singularité va rendre l’action politique difficile dans le cadre des institutions de la démocratie représentative. Pourquoi ?

Cet individualisme de singularité fait que chacune et chacun sont déterminés par leur histoire et pas par leur condition. Or chaque histoire est particulière. Comment y répondre. En plus les citoyens veulent des réponses immédiates. Les élus oscillent entre des documents administratifs et techniques dont nous sommes friands (SCOT, PLU, PLH, Charte d’urbanisme commercial…) et/ou on va demander aux citoyens ce qu’ils veulent. Le citoyen devenant dans ce cadre un expert de la ville.  Il y a confusion des rôles. Le citoyen est un usager de la  ville, ce qui n’est pas la  même chose.  L’élu se retranche derrière la technique ou/et confie les clés aux citoyens.

Permettre à chacune et chacun d’être maître de son temps, responsable dans son travail ne pas être aliéné mais libre est louable. Mais il y a des responsabilités collectives qu’il faut définir sinon on reste dans une défiance vis-à-vis des autres qui peut devenir dangereuse. Ensuite on ne peut pas tout régler tout seul, d’où de nouvelles formes d’aliénation plus subtiles, car elles renvoient les échecs aux personnes sans s’interroger sur des responsabilités collectives.

Le danger de cette situation est que le problème n’étant pas résolu et continuellement renvoyé à chacune et chacun entraîne une défiance collective qui met en cause les institutions démocratiques qui ont besoin elles de confiance. C’est pour cela que l’invention d’une démocratie de la connaissance et de la reconnaissance afin que chacun se trouve en situation de partage et de comprendre que l’on s’augmente soi-même quand on est dans une démarche plus collective.

Comment concilier le souci de soi et le souci de l’autre.

Ces réflexions doivent amener à réfléchir sur l’organisation des délégations des élus et une meilleure organisation des services pour être plus en phase avec ce travail de pédagogie pour recréer des liens. Les élus de quartiers devraient être les interlocuteurs de ces débats et ne pas simplement vérifier la réalisation des projets sur les quartiers ou l’inscription dans la démarche quartier des projets locaux. Organiser ces débats c’est la création de la démocratie de la connaissance. Elle ne peut fonctionner que si on nourrit les élus pour l’organisation de ces débats.

Partir de la notion d’habiter, construire des compétences qui soient capables de mélanger les différentes approches dans des communautés éphémères avec des experts et des chercheurs.

C’est à la fois se nourrir pour les élus des débats de la société aujourd’hui et avec une évolution tangible de l’organisation des services permettre dans le débat avec les citoyens de recréer de la confiance et d’améliorer le débat politique et les nouveaux enjeux de la démocratie dans une société informée.

Ainsi on pourra répondre à la question que pose Pierre-Henri Tavoillot:

« Nous vivons un moment critique de la démocratie ; le peuple est trop éclairé pour pouvoir être asservi, mais pas assez pour accepter d’être gouverné »

Illustration :  "Golf Painting" par Steve Dinnino

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