[Réaction au colloque du ministère des territoires "des métropoles résilientes"] Les lois MAPATM et NOTRE ont donné un statut particulier aux métropoles dans leurs trajectoires pour s'imposer comme les territoires de la modernité, de la nouvelle mondialisation, de l’attractivité et de la compétitivité dans un monde globalisé. La tertiarisation de l’économie donnait aux métropoles un rôle que l’on croyait indépassable.

tribune1 chapuis

Des métropoles résilientes

[Réaction au colloque du ministère des territoires "des métropoles résilientes" - Janvier 2021]


Par Jean-Yves Chapuis, sociologue, urbaniste, élu rennais de 1983 à 2014, ancien vice-président à la Métropole et directeur de l’école d’architecture de Rennes. Il est aujourd’hui consultant en stratégie urbaine.

Les lois MAPATM et NOTRE ont donné un statut particulier aux métropoles dans leurs trajectoires pour s'imposer comme les territoires de la modernité, de la nouvelle mondialisation, de l’attractivité et de la compétitivité dans un monde globalisé. La tertiarisation de l’économie donnait aux métropoles un rôle que l’on croyait indépassable.

Le développement du Train à Grande Vitesse, mais aussi des réseaux ferrés intermédiaires, a permis de mettre de nombreuses métropoles régionales à deux heures de Paris et de former par agglutination une ville de 20 millions d’habitants.

Aujourd’hui tout s’écroule, la pandémie aidant, le néo-libéralisme est montré du doigt, on passe de la métropole à la campagne, de l’exode rural à l’exode urbain. Vive le localisme, les circuits courts, l’avenir se passerait-il hors des villes ? Il faut retrouver notre souveraineté sur la production. Il y a un repli sur soi, on peut même dire un certain repli identitaire.

A cela se rajoute un mal être général qui se développe, un sentiment de fragilité et de vulnérabilité. Les promesses que le progrès, la démocratie, les droits de l’homme allait continuellement progresser et un bien-être général se développer. Tout cela se fracasse. On sent bien que comme le dit Edgar Morin que la complexité devient notre lot commun et se pose la question comment l’aborder ?

On ne peut continuer ainsi, sinon l’homo sapiens va disparaître (Pascal Picq). On cherche toujours un bouc émissaire et les métropoles deviennent la cause de tous les maux, l’élément perturbateur au progrès des territoires. Cette critique est facile, mais surtout elle ne répond pas aux interrogations, aux angoisses et aux incertitudes du monde dans lequel nous vivons.

Ce n’est pas, il me semble, une question de territoire, chacun a ses avantages et ses inconvénients. Il s’agit plutôt de savoir ce que nous allons faire, à titre individuel et collectif de notre vie, comment habiter en harmonie et de manière responsable avec la nature et les autres.

C’est ce qui a été exprimé lors du colloque du Ministère des territoires (avec le PUCA et POPSU) comment faire que les métropoles soient hospitalières, permettent de recréer des liens et d’insister sur la coopération interterritoriale plutôt que sur la course à l’attractivité et à la compétition économique ; on retrouve ici la critique de la "Compétitivité, Attractivité, Métropolisation, Excellence" d'Olivier Bouba-Olga.

Mais il faut aller plus loin. Pierre Veltz dans son dernier livre « l’Economie désirable » pense que l’économie devrait passer d’une économie de possession à une économie humano-centrée autour de la santé, de l’alimentation, de l’éduction, de la culture et du bien-être. Cette évolution demande aussi une démarche plus collective. Or nous sommes dans une société de la mobilité qui rend les limites administratives floues. Il faut donc sortir d’une critique des territoires qui n'apporte rien comme réponse aux angoisses des gens. La question posée c'est comment tous ces grands enjeux sociétaux se lient entre les différents territoires ?

Mais cette demande de bien-être, de recréer des liens sociaux, d’orienter l’économie vers la personne (l’alimentation, la santé, l’éducation, la culture) va bien au delà de comment produire mais quoi produire ? Le citoyen devient à la fois acteur et spectateur du basculement d’une économie de la propriété (objets) à une économie de l’accès (usages) avec ses expériences individuelles (nouveaux achats, consommation ciblée), en définitive ce citoyen d'aujourd'hui est le moteur de la transformation de la consommation pour plus de sobriété et de bien- être, dont la définition n'est pas fixée.

Les discussions ont bien montré ce besoin de résilience, d’hospitalité, de rendre la métropole facile, de ne pas oublier l’hinterland, de permettre à chacune et chacun de faire des choix. Il a été dit qu’il fallait sortir des documents administratifs et que l’Etat soit plus agile et accepte de cogérer avec les collectivités locales. Il faut coopérer pour définir la stratégie et les objectifs qui en découlent. Les gens comptent plus que les territoires. On a insisté sur la singularité des personnes et des lieux qui doivent faire liens. On a dit que la recherche devait dialoguer et échanger avec les personnes qui sont continuellement dans l’action : les élus et les professionnels qui travaillent avec eux.

Cette prise de conscience est riche, dynamique et porteuse d’espérance. Mais comment on s’y prend pour traduire cette demande multiple, complexe qui dépasse les limites territoriales et dont certaines décisions ne peuvent se prendre qu’un niveau de l’Etat et de l’Europe (sortir du monde thermo-fossile demande d’obliger les banques à financer d’autres entreprises en phase avec la transition écologique). Comment organiser ces différents niveaux et les faire travailler ensemble ?

Cela renvoie aussi sur des nouvelles relations entre l’Etat et les collectivités locales. Mais cela interroge aussi, à la fois l’organisation des délégations des élus et de l’organisation des services municipaux.

Je m’aperçois que dans les métropoles, la délégation à l‘urbanisme est souvent partagée entre plusieurs délégations, ce qui a pour conséquence de compliquer le travail de la maîtrise d’ouvrage urbaine. Si l’on rajoute à cela que l’économie et l’écologie ne doivent pas être dissociées ainsi que la mobilité. On voit qu’il y a à remettre à plat toute une stratégie pour répondre à cette demande nouvelle des citoyens qui couvre tous les domaines de la vie.

Il faudra rapidement s’atteler à ce travail de mutation institutionnelle et donner plus de légitimité aux élus des métropoles par l’élection au suffrage universel qui se fait attendre.

Il ne faut pas oublier que les nouvelles générations veulent choisir leur destin dans ce monde incertain. La prise de conscience que l’on ne peut pas continuer comme si tout allait bien n’est plus possible. Mais entre un retour à des technologies du passé et à une croyance sans discernement dans l’innovation technologique, il est possible de trouver une voie médiane où la parole soit écoutée, débattue et des décisions prises, toujours les évaluer, pour savoir si elles répondent bien à la demande.

Retour à la page précédente


Association Internationale de Développement Urbain

Une association internationale de membres qui partagent connaissances, expériences et savoir-faire pour un développement urbain intégré.  // EN SAVOIR PLUS