Fernando Nunes Da Silva, nouveau président de l'INTA

Fernando Nunes Da Silva   Voir son CV

Chers collègues et amis,
On est face à un énorme défi à notre façon de vivre en société. La pandémie qu’on est en train de subir nous frappe douloureusement et a mis en cause pas mal de nos acquis en ce qui concerne notre vie urbaine et, on le voit très nettement aujourd’hui, essentiellement collective et interdépendante. Bientôt trois semaines de confinement à la maison et on se rend bien compte de l’importance d’avoir accès sans restrictions au monde qui nous entoure et de pouvoir communiquer avec les autres sans soucis, dans l’espoir de reprendre ces rencontres dans le court terme, ce que les données de l’épidémie semblent pourtant contredire.

Mais à part cette vision plus au moins personnelle comme chacun essaie de vivre dans ces temps troublants et surmonter les limitations qui vont avec, il y a des faits qui nous incitent à réfléchir sur notre mode de vie et de relation avec cette planète où on habite et pour lequel on n’a pas de substitut. Les images de satellite sont plutôt évidentes : dès le début de la pandémie les nuages de polluants dans l’atmosphère sur les grandes villes et métropoles se réduisent énormément et pour la première fois depuis des décennies l’air devient respirable dans plusieurs villes du monde industrialisé où la congestion du trafic est devenue une constante quotidienne. Cependant, ces résultats ne sont pas la conséquence des successifs accords environnementaux, mais de la paralysie de l’économie et de notre vie urbaine et social.

C’est un autre monde qui se présente devant nous, mais dans lequel on n’a pas envie de vivre dans le futur. C’est le bouleversement total de notre vie ensemble, avec des conséquences désastreuses pour les moins protégés ou préparés, que ce soient les individus ou les entreprises, avec des coûts sociaux, économiques et financiers qu’on ne sera pas du tout capable de surmonter sans des changements profonds. À la compétition acharnée on est obligé d’opposé la coopération et la solidarité. À une consommation apparemment sans limites on est forcé à repenser nos besoins et à rationaliser nos déplacements. À une vie vécue à des vitesses toujours plus élevées et centrée sur l’immédiat des urgences, on découvre le temps qui coule tranquillement, parfois même trop, et la conscience de ce qui est vraiment important. Tout d’en coup on comprend mieux les valeurs qui font de notre société un environnement plus humain et solidaire. On s’aperçoit que, au-delà des idéologies et croyances, on dépend plus des autres, et surtout de nos systèmes publics de santé et de l’organisation des approvisionnements, sans lesquels le futur n’est pas envisageable.  On comprend mieux le sacrifice de ceux qui continuent quotidiennement à travailler pour nous tous, parfois avec le risque de leurs propres vies.

D’autre part on assiste à l’accélération de technologies qui nous permettent de rester en contact et d’assurer qu’une part de nos fonctions puissent se poursuivre, même si de forme plus réduite. Ce sera une expérience qui aura certainement des conséquences dans l’organisation du travail des entreprises de services et dans la logistique urbaine. Mais il y aura aussi des bouleversements dans la façon dont on regarde et gère la mobilité urbaine. Le trauma de cette épidémie prendra du temps à être surmonté et la mobilité partagée souffrira des retraits, tandis que les transports collectifs devront s’adapter pour garantir un espace vital individuel réclamé par les usagers et le transport individuel regagnera une part du marché des déplacements. Par contre, les besoins de déplacements motorisés peuvent diminuer si on profite de l’expérience vécue de ces jours troublants en ce qui concerne l’approvisionnement de proximité, la rationalisation des courses et le télétravail. 

Les urbanistes et les gestionnaires de la ville seront appelés à réfléchir sur tous ces évènements. Il nous faut retirer les leçons qui s’imposent et être dans l’avant-garde des propositions qui nous permettront de faire face à ces nouveaux contextes sociaux et économiques, et en même temps s’engager à trouver les moyens pour donner du potentiel aux expériences innovantes qui sont en cours. Notre association est ainsi appelée à contribuer à cet effort collectif. Nous avons, par notre expérience, notre histoire et nos engagements dans les enjeux urbains, une capacité inouïe qui doit être mise au service de nos concitoyens. On peut compter sur vous tous !

Fernando Nunes da Silva,
Président de l’INTA

Qui est Fernando Nunes Da Silva?


Professeur, IST Université de Lisbonne, Portugal
M. Nunes da Silva est professeur titulaire d'urbanisme et de transports à l'IST (Institut supérieur de technologie) de l'Université de Lisbonne depuis 2002. Il a obtenu son doctorat (1992) et Pos-Doc (2000) en génie civil auprès de l'ancien Université technique de Lisbonne.
Ses principaux intérêts professionnels incluent: les stratégies urbaines pour la mobilité durable; aménagement urbain; planification des transports.

Il a acquis de l'expérience en tant que conseiller et consultant en études et projets de transport et d'urbanisme dans plusieurs municipalités et organismes régionaux; il est chercheur au CESUR (Centre des systèmes urbains et régionaux); Il a également été conseiller et maire adjoint pour la mobilité et les transports dans la municipalité de Lisbonne (2009/13).

 

 

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