Devant la colère écologique qui a saisi les français depuis 2018, il est peut-être intéressant de relire ce que disait le pape François dans son encyclique Laudato si : «il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux. Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale, l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale»

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L’édito de Jean Yves Chapuis, consultant en stratégies urbaines

Devant la colère écologique qui a saisi les français depuis 2018, il est peut-être intéressant de relire ce que disait le pape François dans son encyclique Laudato si : «il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux.

Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale, l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale»

A partir de ce constat, La question posée est la suivante : avec quels concepts peut-on penser les relations de dépendance de l’être humain à l’environnement qui l’entoure ? Comment sortir de la séparation du sujet humain de l’objet nature/environnement. Sans doute les dégradations écologiques sont-elles globales. Nul n’y échappe. Pour autant, «les effets sur la santé et le bien-être des dommages environnementaux ne sont pas équitablement répartis entre les groupes sociaux». S’intéresser aux inégalités environnementales, ce n’est pas abandonner le terrain de l’analyse sociale, c’est le complexifier.

Les questions sociales sont indissociables de l’inscription de l’être humain dans un milieu. L’environnement n’est pas une question socialement neutre insiste Catherine Larrère 1 : «ce qui caractérise la question environnementale, c’est en effet qu’elle efface le partage entre le naturel et le social : or la représentation occidentale du monde (et tout particulièrement celle de la modernité) s’était organisée autour du partage entre le naturel et le social. D’un côté, ce qui concerne la nature (dont les savants sont en charge) ; de l’autre, ce qui relève de la société (affaire de politique et de vie commune). La crise environnementale, c’est le naturel qui fait irruption dans le social (nos problèmes environnementaux sont des problèmes sociaux) et le social qui s’imprime sur le naturel (ce sont certaines activités de notre vie sociale, notamment depuis l’âge industriel qui dégrade la nature).»

Interroger les inégalités environnementales, c’est d’abord mettre en cause l’égalisation prétendument instaurée par le risque - quelle que soit l’universalité de la menace, l’exposition aux risques est socialement différenciée, et ce sont les catégories les plus défavorisées qui en souffrent le plus. Mais c’est également attirer l’attention sur les effets sociaux des politiques environnementales. Car si on ne le fait pas, ces politiques n’apparaîtront pas comme une réponse aux dégradations écologiques, elles y contribueront.

C’est aussi « Le passage du cadre de vie au mode de vie ». D’où les politiques publiques sur le PLH, les mobilités, l’action économique, l’agriculture péri-urbaine, la nature et globalement la notion de bien-être et santé. Nos concitoyens ont un fort besoin de bien- être. Mais c’est aussi un problème de reconnaissance.

«Être à hauteur d’homme» comme le disait Montaigne, heureuse phrase reprise par Laurent Berger 2 : «on veut choisir sa vie, sa famille, ses amis, son travail, son quartier, son logement… On a besoin de se raconter et cela n’est pas du tout anecdotique : au contraire, c’est essentiel.»Donner la parole, rendre visible, c’est permettre aux individus de rassembler leur vie dans un récit qui fait sens, de s’insérer dans une histoire collective. Les lieux doivent faire liens. La difficulté c’est que les avancées considérables faites dans les années 50 par le progrès technique ou économique, et leurs promesses de bien-être pour tous deviennent aujourd’hui les termes d’une évolution qui mène dans le mur.

La difficulté c’est à la fois de permettre à chacun de vivre décemment mais pour cela, comme le dit Gaël Giraud 3, il faut que les 30% de gens riches sur terre accepte de baisser leur niveau de vie - pas tout le monde ! Qui commence le premier ? C’est l’ambition de la stratégie urbaine d’accompagner l’élu dans son action locale pour une solidarité effective.

Catherine Larrère est une philosophe et professeure de philosophie. Elle est spécialiste de la pensée de Montesquieu, et également de l'éthique de l'environnement.
Laurent Berger est un syndicaliste français, secrétaire général de la CFDT depuis le 28 novembre 2012
Gaël Giraud est un économiste spécialisé en économie mathématique. Il est prêtre catholique, membre de la Compagnie de Jésus. Il occupait les fonctions de chef économiste de l'Agence française de développement jusqu'en juillet 2019

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