Une contribution de Maurice Charrier, Vice-président du Grand Lyon en charge de la politique de la ville et de la cohésion sociale. (Para la traducción al español, descargar aquí)

politique_ville_discussionPeu de politiques publiques ont fait d'autant de polémiques, d'évaluations, d'expertises.

C'est peut être parce que « la politique de la ville » est au cœur d'enjeux de société.
C'est peut être parce que les habitants des quartiers où elle s'applique interpellent notre société et ses dysfonctionnements.

En effet un constat est à faire :
Si nos agglomérations rayonnent économiquement et culturellement, si elles génèrent des richesses ; des ségrégations sociales, des exclusions et des « relégations » s'y opèrent. Elles s'aggravent au point de mettre en cause le « contrat social » par la juxtaposition de « sociétés » qui s'opposent. Pire, qui par peur, préfèrent s'ignorer.

Nous ne pouvons  nous satisfaire d'une telle situation.

Pas seulement parce que les crises urbaines qui en découlent peuvent nuire à la dynamique et au rayonnement de nos villes. Mais avant tout parce que cela choque nos principes républicains et les valeurs humaines qui nous rassemblent : le progrès humain. C'est la cohésion sociale (à ne pas confondre avec consensus mous dont la  finalité est de gommer la lutte des classes) et le vivre ensemble qui sont mis en cause.

C'est sur cette première appréciation que nous devons fonder notre vision de la politique de la ville.

Une politique publique spécifique (politique territorialisée et individualisée) s'appliquant en faveur des villes, des quartiers et de leurs habitants fortement marqués par la précarité, la pauvreté...

Une politique publique « réparatrice » dont la vocation est aussi d'impulser et d'innover les politiques dites de droit commun » (éducation santé culture emploi....).

Une politique publique « partenariale » associant tous les acteurs de la ville (publics, privés, associatifs). .

Une politique publique qui trouve pleinement son efficacité dans l'engagement citoyen des habitants. Reconnaissance des habitants : un autre fondement de notre vision de la politique de la ville. La reconnaissance des couches populaires pour construire une alternative politique

Il nous faut reconstruire la relation entre le mouvement social qui nait du monde du travail, de l'entreprise, du syndicalisme, et les mouvements sociaux qui se développent à partir des quartiers populaires.

Considérons que les habitants des quartiers populaires et plus particulièrement les jeunes, au-delà des difficultés, des exclusions, des risques de replis sociaux et culturels, font preuve de créativité par exemple, dans le mouvement associatif.

Les quartiers populaires sont des lieux de souffrances, pas des lieux de barbarie. Leurs habitants ne sont pas à l'origine de la crise urbaine, mais en sont victimes.

Autre principe que nous devons retenir :

La politique de la ville doit s'exprimer à partir d'un projet de développement territorial global avec un volet urbain et un volet social et culturel.

Un projet à partir du local mais interpelant le projet d'agglomération, voire la métropole. Cette interpellation de territoires plus larges pour que s'organisent les solidarités. Une des faiblesses de la politique de la ville en Région Parisienne est l'absence de véritable solidarité intercommunale.

Le volet urbain :

- diversifier l'offre de logements (tout en considérant que 80% des familles ont des revenus tels qu'elles sont éligibles au logement social). « ne chasser personne mais pouvoir accueillir tout le monde » ;
- produire de l'espace public de qualité, « ouvrir » les quartiers, condition de la vie sociale ;
- qualité architecturale ;
- désenclaver par les transports en commun (élément de la requalification urbaine) ;
- réaliser les équipements de »proximité » en des lieux d'échanges et de rencontres (la proximité n'est pas l'enfermement) et qualifier le territoire par des équipements éducatifs, universitaire, culturels, sportifs de dimension d'agglomération.
- prendre appui sur les atouts du territoire pour promouvoir un développement économique, intégré à la dynamique de l'agglomération ;

Le volet social et culturel :
- une politique éducative fondée sur l'innovation pédagogique. Faire des écoles des « pôles d'excellence » ;
- culture : reconnaitre la créativité des habitants tout en favorisant les ouvertures, la rencontre avec les créateurs, des artistes. Assurer tout à la fois « le droit à la diversité culturelle et le droit à la ressemblance au partage de valeurs humaines et de destin »;
- solidarités – exclus générationnels;
- associer insertion, formation et développement économique.

Conditions de la réussite de la politique de la ville :
- reconnaissance des habitants et des territoires ;
- redéfinition d'un projet territorial global urbain et humain ;
- durée dans le temps ;
- l'expérimentation mais également le droit commun ;
- qualité des partenariats.

Mais au préalable à tout :

Répondre à la double question : la ville pour qui ? la ville comment ?

Ce qui revient à définir un projet de société. Le droit à la ville comme élément du progrès humain. Loin de nous de croire que la politique de la ville soit en mesure d'apporter une solution à une crise globale de société. Mais elle contribue par les avancées possibles à la mobilisation à pointer les causes de crise (rôle de l'action politique).

Faut-il condamner un hôpital au prétexte que ceux qui y séjournent sont tous malades et critiquer le corps médical ? Évidemment non ! Constatons que des patients sortent guéris et sont remplacer par d'autres malades. La politique de la ville a le même fonctionnement que l'hôpital : elle peut favoriser des sorties positives, même si l'on sait qu'il faut combattre la crise, source des « maladies ».

Les effets positifs de la politique de la ville :
- elle a alimenté le débat sur des enjeux de société ;
- elle a fait évoluer les politiques de droit commun en les interpelant. Ex : transversalité, innovations ;
- elle contribue au dépassement de la contradiction entre démocratie représentative et démocratie participative ;
- elle permet d'organiser les solidarités entre les niveaux de territoires : quartiers, communes, agglomérations...

Au regard de l'actualité :

Quel devenir pour la politique de la ville dans un contexte d'austérité et de remise en cause des services  publics ?

Quelle conséquence de la réforme territoriale ?

Comme pour tout, beaucoup dépend de l'action politique et du mouvement social.

Retour à la page précédente

Demog2



bannerDemographie