anvers« Avec près d'un demi-million d'habitants, Anvers ne se compare pas à Bruxelles. C'est plutôt une deuxième ville ; ce n'est pas Madrid, mais plutôt Barcelone. Cependant, nous sommes fiers d'être la deuxième ville de Belgique : plus petite, Anvers est à une échelle plus humaine, plus chaleureuse, offrant d'avantage de possibilités pour un développement intégré à long terme, en particulier au niveau culturel et social. Rappelons qu'Anvers est le deuxième port d'Europe et le cinquième port mondial, le centre mondial du diamant, ainsi qu'une capitale de mode avec des créateurs très renommés, comme Dries Van Noten. La morphologie de la ville a toujours été liée au fleuve, l'Escaut, le long duquel elle s'est développée, principalement sur la rive droite : le résultat est une ville concentrique avec une structure longitudinale sud-nord ». C'est par ces quelques lignes que l'urbaniste Dries Willem commençait sa contribution à l'ouvrage dirigé par Ariella Masboungi, intitulé « Anvers. Faire aimer la ville » (Le Moniteur, 2011).

Anvers s'est en effet engagée, au cours des années 2000, dans une stratégie de régénération urbaine en recourant à la fois à une restructuration de son administration, à l'appel à des urbanistes extérieurs, à la mise en place d'un schéma directeur et au lancement conjoint de grands projets et d'interventions plus ponctuelles de restructuration de ses tissus urbains. La ville est devenue la destination de nombreux voyages d'études auxquels participent des professionnels, des enseignants-chercheurs et des étudiants et a contribué ainsi à renforcer son image de marque et son attractivité internationale. Anvers, ville moyenne à l'échelle européenne, est-elle pour autant devenue une métropole ?

La réponse à la question est non si on la compare aux grandes métropoles mondiales qui comptent plusieurs millions d'habitants et concentrent les fonctions dites stratégiques. La ville ne s'est pas transformée, en quelques années, à l'instar de Londres, New York, Tokyo, Hong-Kong ou Singapour, en une capitale de la finance internationale, elle n'est pas, comme New York, Genève, Paris ou Rome, le siège d'organisations internationales et elle n'accueille en son sein ni université prestigieuse ni siège social de grandes entreprises multinationales. Remplit-elle par ailleurs les critères établis par Richard Florida pour retenir ou attirer une classe créative, rien n'est moins sûr.

Le chemin suivi par Anvers, comme par de nombreuses autres villes intermédiaires, ne vise pas à suivre un modèle qui a été taillé pour des agglomérations plus grandes et plus puissantes qu'elle, mais est de prendre appui sur les ressources environnementales, culturelles et économiques de son territoire pour aspirer à une certaine internationalisation de ses activités et de la sorte à devenir métropole.

Avec le développement de l'imprimerie, Anvers, entre 1500 et 1560, est devenue – au sens où l'entend Fernand Braudel - une ville-monde qui a su organiser à son profit le commerce international. De ce passé glorieux, elle a gardé un patrimoine exceptionnel (au premier rang desquels les résidences-ateliers de l'imprimeur Plantin et du peintre Rubens) et une fonction portuaire de premier plan. La stratégie, suivie au cours des dix dernières années par la Ville et ses urbanistes, est de prendre appui sur ses ressources territoriales pour s'internationaliser et prendre rang parmi les villes qui comptent à l'échelle internationale. Située sur une ligne de TGV qui relie l'Europe du Sud à l'Europe du Nord, elle a organisé en plein centre-ville une gare moderne qui permet la mise en relation de trois niveaux de réseaux ferroviaires (international, Intercity et local). Elle a multiplié le nombre de ses musées, a valorisé le rôle de ses créateurs locaux, a reconverti ses friches portuaires en accueillant à la fois logements, nouvelles activités productives et lieux de loisirs, a donné la priorité aux transports collectifs et à la mobilité active et surtout a conforté le rôle de premier plan de son port dans l'organisation de la logistique à l'échelle du continent européen. Intelligente dans l'articulation des démarches de plan et de projet, exemplaire du point de vue de la mise en valeur de l'environnement et de la gestion des rapports entre les communautés ethniques, consciente des potentialités de développement de son patrimoine culturel historique et contemporain, ne cherchant pas à opposer la ville consolidée qui constitue sa centralité principale et la ville diffuse qui constitue son hinterland, elle a su se positionner comme un métropole qui compte à l'échelle internationale.

Gilles Novarina
Professeur d'urbanisme
Institut d'Urbanisme de Grenoble
(Université Pierre Mendès France)
UMR PACTE Territoires

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