Une fugue, en musique, est une forme d'écriture "contrapuntique" – c'est-à-dire une composition qui contient deux (ou plus) mélodies indépendantes jouées ensemble. Sa composition exploite la variation, l'imitation et la répétition, donnant un liant à l'ensemble. Les fugues de Jean-Sébastien Bach, d'après les spécialistes en la matière, en seraient le modèle inégalé.

C'est dans la construction d'une fugue que les techniques, les complexités et les contraintes laissent entrevoir un parallèle avec la composition du territoire... Cette analogie présentée ici en annexe vise simplement à pousser le lecteur intéressé à  se nourrir de l'approche spatiale qui lui est proposée dans ce rapport.

Notre définition simpliste au départ mentionne le contrepoint, la répétition, la variation... mais ne dit rien sur les caractéristiques de la composition complexe en fugue – figure musicale paradoxale qui semble – comme le territoire de la Gironde - si légère et plaisante. Typiquement, une fugue commence par l'expression d'un thème simple sur lequel sera bâtie toute la charpente de l'œuvre qui suit. Ce "leitmotiv" reviendra constamment, sous différentes formes, tout le long de la pièce.

C'est la nature de ces "différentes formes" qui fait de la fugue une forme musicale à la fois riche et difficile à maîtriser. Après l'annonce du "sujet" comme motif de base, les phrases successives sur la même ligne d'écriture explorent le sujet par une succession de transformations, inversions... L'écriture musicale s'organisera progressivement dans un ensemble riche, cohérent et harmonieux. C'est dans ces trois  mots « riche », "cohérent" et "harmonieux" que le parallèle avec la composition urbaine devient plus évident.

Bert Mcclures annexe

251659264Source Wikipedia 2011

Dans la fugue, par rapport à d'autres formes de composition, le  "sujet" est suivi de ce que l'on appelle la "réponse",   qui n'est autre que le sujet répété au ton dans une autre voix (voire sur un autre instrument), soit de la dominante, soit de la sous-dominante. Après l'exposition du thème par trois à cinq voies, survient alors une succession de marches harmoniques, le « développement », ou toute sorte de procédé d'écriture est alors mis à contribution pour explorer le sujet dans toute sa potentialité.
L'analogie de la fugue, par rapport à la composition territoriale, apporte deux inspirations essentielles :

  • la recherche de la cohérence, l'équilibre et l'harmonie de l'ensemble,
  • une impression de liberté et de légèreté issue d'une approche technique, complexe, et rigoureuse.

Pour accomplir cette tâche difficile, le compositeur s'impose quelques contraintes de travail :

  • un nombre limité des règles bien établis,
  • une structure physique bien identifiée qui lui permet d'étendre et d'amplifier l'effet d'ensemble,
  • une discipline et une inspiration qui le poussent à se dépasser.

La noblesse et la complexité de la composition territoriale de la Gironde trouvent racine dans le terroir et son histoire, et inspirent son évolution. À ce titre, l'art de la Fugue nous fournit d'autres analogies fort utiles :

  • la "composition contrapuntique" se sert librement des objets comme des manières de faire, rythmée par des points forts contrastés (le fort de Blaye, les églises perchées, les châteaux, les villages, les places...), et des continuités (la vigne, la forêt des Landes, l'estuaire, les coteaux...) ;
  • les "leitmotivs" du territoire (existants ou à créer) s'expriment en harmonie avec un contexte historique et culturel qui change de secteur en secteur;
  • la "variété" potentielle du territoire s'exprime en termes de contenu, d'usage, de couleur, de volume... (subtile ou majestueux, intégré ou proéminente) ;
  • une "partition" étendue et accueillante – qui, jouant d'une grande liberté d'expression apparente, est composée des éléments emblématiques, immédiatement identifiables comme faisant partie du territoire girondin.

Si la vie du territoire semble autrement complexe qu'une composition musicale, (quoi que...) il ne s'agit nullement d'écrire une fugue avec une voix par habitant! Une Fugue par secteur suffira largement, car chaque grand secteur constitue un terroire avec sa population et son histoire - un trésor remplie des objets et des thèmes qui le caractérisent - qui ne demandent qu'à d'être exprimés dans un mode contemporain qui reflète notre manière de vivre aujourd'hui.

L'ambition d'organiser le territoire en se référant à certains règles bien connues de tous, vise à assurer une qualité et une équité de vie (harmonie) - déjà une idée forte - bien dans l'esprit des récentes réalisations, à plusieurs échelles, en Gironde.

L'art de la Fugue, comme l'art du Territoire, s'inspirent des objectifs essentiellement qualitatifs : équité, harmonie, surprise, innovation, bien-être, émerveillement... Bien que l'aménagement du territoire ne puisse se résumer qu'à ces seuls aspects intemporels, la Fugue rappelle au Territoire que pour réussir l'art d'apparence la plus simple, demande un engagement de tout moment : que celle-ci concerne la musique, le temps, l'espace, la vie du territoire, voire même la vie quotidienne, tout simplement, de chaque habitant et usager.

Bert Mc Clure, Urban Planner
membre de la CCMétro,
Animateur à la prochaine tableronde in Schwechat - Métropolisation des bassins fluviaux

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