L’urbain ? Comment le caractériser La ville évanescente, L’après-ville, La fin des villes, Le règne de l’urbain, la mort de la ville, La ville profuse, La ville qui émerge, La métapole, La ville invisible, Mégapolis, La ville éparpillée, La ville diffuse, La ville archipel, La ville compacte, La ville cohérente, La ville-entre, La ville monde, La ville mondiale, La ville globale, La ville créative, La ville libérale, La ville divisée, La ville générique, La ville franchisé, La ville insulaire, La ville biodiversitaire, La ville panique,La ville radieuse, La ville creuse, La ville délétère, La ville durable, La ville frugale, La ville insoutenable, La ville émergente, La ville tarabiscotée, La ville informationnelle, La ville numérique, La ville rêvée dans la ville infernale (Francis Beaucire),

tribune1 chapuisNous ne savons plus parler de la ville
La tribune de Jean Yves Chapuis, consultant en stratégies urbaines

L’urbain ? Comment le caractériser La ville évanescente, L’après-ville, La fin des villes, Le règne de l’urbain, la mort de la ville, La ville profuse, La ville qui émerge, La métapole, La ville invisible, Mégapolis, La ville éparpillée, La ville diffuse, La ville archipel, La ville compacte, La ville cohérente, La ville-entre, La ville monde, La ville mondiale, La ville globale, La ville créative, La ville libérale, La ville divisée, La ville générique, La ville franchisé, La ville insulaire, La ville biodiversitaire, La ville panique,La ville radieuse, La ville creuse, La ville délétère, La ville durable, La ville frugale, La ville insoutenable, La ville émergente, La ville tarabiscotée, La ville informationnelle, La ville numérique, La ville rêvée dans la ville infernale (Francis Beaucire),

Dire qu’il n’y a pas de dichotomie entre l’urbain et le rural n’est pas suffisant. Le péri-urbain est très divers et certaines villes moyennes peuvent avoir autant de cadres des fonctions métropolitaines que certaines métropoles. La vision binaire d’un côté les métropoles et de l’autre la France périphérique est fausse. On est devant une complexité, une incompréhension ? Ou bien ces formulations ne donnent-elles pas, non pas un sens unique à un fait humain total, mais une multiplicité de sens qui rendent compte de la complexité de la ville comme système géographique, historique, social, économique, écologique ?

En fait les territoires sont singuliers, les métropoles aussi. La ville est plurielle. Dans une société en réseau et des réseaux les limites des territoires sont floues. La ville s’arrête où ? Les difficultés que nous rencontrons à parler de nos territoires sont le symptôme d’un décalage croissant entre l’organisation de l’action publique et la vie de nos concitoyens. Ce hiatus doit nous inciter à repenser l’organisation de l’action publique. Avec cet article l’INTA poursuit un débat essentiel - pourquoi pas avec comme perspective une véritable transformation lors des prochaines échéances municipales.

L’individu change, son rapport au territoire aussi.

Travaillant à des échelles différentes du Périgord vert à la métropole lyonnaise, j’entends les habitants dirent : « j’habite une rue, un paysage, un quartier une commune, une ville, une métropole, des espaces qui peuvent se superposer selon ma propre mobilité ». On peut aussi être très mobile (par le numérique dans son bureau ou son logement) tout en étant immobile. L’individualisme est fondateur de notre société. Aucune société n’accepterait le sacrifice contraint de l’individu. On veut choisir sa vie, sa famille, ses amis, son travail, son quartier, son logement.

On a besoin de se raconter et cela n’est pas du tout anecdotique : au contraire, c’est essentiel. Être visible, se sentir bien, pouvoir faire confiance. En fait être à hauteur d’homme pour reprendre la belle phrase de Montaigne.

Penser de nouvelles délégations d’élus

Ces transformations essentielles doivent, de notre manière de les représenter, faire évoluer la manière d’agir des collectivités locales et l’Etat local. On ne peut plus penser l’espace à travers les carcans administratif et le vocabulaire technique : on n’habite pas un SCOT, un PLUI ou un PLH.

Comment organiser le travail des élus à partir des enjeux de territoires pluriels et d’un nouveau rapport à la construction de sa vie ? Je pense qu’il est essentiel de revoir les délégations des élus, en commençant par l’échelle communale. Par exemple, peut-on imaginer une délégation aux liens sociaux ? Quand on sait que près de 25% de jeunes et de personnes âgées parlent moins de deux heures par mois et que le vieillissement est certes un problème médico-social, mais il est avant tout, pour les uns et les autres, le besoin des liens sociaux pour lutter contre l’isolement.

Peut-on continuer à penser séparément les délégations à l’économie et à l’environnement à l’heure où l’évolution du climat pose des questions de fond ? Ce qui caractérise la question environnementale, c’est qu’elle efface le partage entre le naturel et le social : or la représentation occidentale du monde (et tout particulièrement celle de la modernité) est organisée autour du partage entre le naturel et le social.

Ensuite, est-il possible de continuer à avoir des métiers qui avilissent l’être humain.

La demande est aussi d’avoir un métier qui donne un sens à ma vie. Les élus devront discuter avec le milieu économique de la manière dont les emplois se créent et savoir si ces emplois dépassent leur valeur marchande.

(Ré)apprendre à faire communauté

La fragilité humaine devient prégnante dans une société ou l’individu a l’injonction de se réaliser par soi-même. La demande de protection va grandissante, puisque chacun se doit d’être heureux par lui-même. Créer une communauté politique au niveau d’un quartier, d’une ville, d’une métropole, va devenir pour les élus un impératif. Il va falloir organiser une forme de démocratie continue pour entendre écouter, mais aussi réagir expliquer les actions locales mises en place. On sent bien que l’on est dans une nouvelle conception du social et de l’action politique. L’élection au suffrage universel n’est plus suffisante. Il faut continuellement la re- légitimer. Le paradoxe vient du fait que plus la demande personnalisée est exigeante plus la réponse publique doit être ciblée et expliquée d‘où l’importance de l’expertise. L’expertise est nécessaire pour débattre et se créer des convictions pour un échange avec les citoyens. Mais celle-ci n’est pas là pour se dédouaner de réponses gênantes mais au contraire pour permettre d’objectiver le plus possible le débat citoyen. D’où la création de ce que j’appelle des communautés éphémères (avec des experts et des chercheurs mobilisés ponctuellement sur un sujet précis) pour confronter sans cesse la connaissance à la demande sociale.

La reconnaissance devient une question primordiale quand on demande à chacun de se construire, d’être toujours mieux. Cette exigence crée de l’angoisse et des tensions, le besoin de se trouver, de raconter sa vie, se sentir visible devient primordial. Or de nombreux citoyens ont une vie diminuée qui devient « galère » à la moitié du mois quand on se trouve en découvert. Derrière le pouvoir d’achat, se joue une autre question : le respect, la dignité, de chacun qui tienne compte de ce que chaque personne vit.

Penser plus d’autonomie pour de meilleures alliances

Il faut laisser l’Etat inventer avec les collectivités locales des stratégies singulières qui expriment mieux le territoire. Il faut laisser plus de place à la contractualisation. La loi est pertinente dans une société homogène. Mais aujourd’hui chacun veut une réponse personnalisée à ses demandes. On est dans une société plurielle ; on est passé d’une culture de l’Etat à une culture de la société. Cela ne veut pas dire que l’Etat doive disparaître mais il doit s’adapter à cette évolution. Faire un SCOT dans le Périgord vert n’est pas le même document que le SCOT de la métropole rennaise. Laissez de la place à l’expérimentation. Ainsi dans le Périgord vert la question se pose « en quoi ce territoire peut être attractif pour les citoyens », mais c’est aussi interroger les liens avec les villes environnantes de Bordeaux à Angoulême, Libourne ou Limoges.

La question prioritaire dans beaucoup de lieux est celle des alliances entre les territoires dans une société de la mobilité. La dynamique démographique du département d’Ille et vilaine renforce la métropole rennaise, mais aussi l’Ille et vilaine en général. L’organisation des transports permet une mobilité accrue dans un territoire pluriel : l’exemple du TER St Malo/ Rennes en s’arrêtant au nord de Rennes avec une correspondance avec le métro permet de choisir d’habiter hors de la métropole et d’y venir travailler. Mais il y a aussi un dialogue nouveau entre la région Bretagne et les métropoles de Brest et Rennes.

Ensuite dans une société de réseaux et en réseaux les limites territoriales deviennent floues. L’organisation des collectivités locales est toujours pensée au travers d’associations en fonction de l’importance territoriale : petites villes, ville moyennes, métropoles avec la France urbaine, association des départements et des régions. Or une métropole marche bien aussi parce que son Hinterland en tire bénéfice. Les métropoles de Brest et de Rennes en sont un exemple. C’est l’alliance des territoires qui permet à la Bretagne d’avoir, par rapport à d’autres régions, le développement d’une solidarité humaine et territoriale forte même si tout n’est pas parfait. Mais aujourd’hui Il faut aller plus loin. Les cadres territoriaux de ces 2 métropoles bretonnes doivent, en partie avec ceux de la région, être des cadres inter-territoires (par exemple dans le domaine de l’aménagement, de l’économie et de l’environnement, mais aussi entre la métropole Rennaise et Vitré ou Fougères.

Comment les élus réagissent devant cette évolution ? Beaucoup se rendent compte que leur territoire administratif n’est plus toujours la référence de nos concitoyens et que ceux-ci naviguent dans cette société de la mobilité sur des espaces beaucoup plus larges.

Voilà des questions qui seront au cœur des futures élections municipales en France.

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