Le beau livre de Richard SENNETT « bâtir et habiter » renvoie paradoxalement à ce que l’on a vécu dans cette période de confinement. L’intelligence de la rue est apparue comme primordiale. Ce qui nous entoure dans les gestes quotidiens, des courtes distantes et de ce qui apparait tout à coup comme important puisque l’on ne peut pas se déplacer très loin. On découvre le savoir local dans les choses de la vie quotidienne. Mais cela ne veut pas dire que le local est tout. Il faut à chaque fois réapprendre le local. L’urbaniste se doit de saisir cette intelligence des lieux sur lesquels il travaille pour saisir la complexité de ce qui fait le mental de la ville.

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La Notion d'Habiter

Tribune de Jean-Yves Chapuis, sociologue, urbaniste, élu rennais de 1983 à 2014, ancien vice-président à la Métropole et directeur de l’école d’architecture de Rennes. Il est aujourd’hui consultant en stratégie urbaine.

Le beau livre de Richard SENNETT « bâtir et habiter » renvoie paradoxalement à ce que l’on a vécu dans cette période de confinement. L’intelligence de la rue est apparue comme primordiale. Ce qui nous entoure dans les gestes quotidiens, des courtes distantes et de ce qui apparait tout à coup comme important puisque l’on ne peut pas se déplacer très loin. On découvre le savoir local dans les choses de la vie quotidienne.

Mais cela ne veut pas dire que le local est tout. Il faut à chaque fois réapprendre le local. L’urbaniste se doit de saisir cette intelligence des lieux sur lesquels il travaille pour saisir la complexité de ce qui fait le mental de la ville. On a trop l’habitude de voir dans la ville simplement sa dimension spatiale d’où les incompréhensions dans le dialogue avec les habitants. Faire travailler des ethnologues sur une opération urbaine surtout si celle-ci est en plus dans un territoire habité qui évolue, est primordial. Je me souviens de l’ouverture de la gare de de Rennes au sud. Il y a grosso modo 100 000 habitants de chaque côté. Mais la gare n’était ouverte qu’au nord.

L’étude ethnologique a démontré que les gens qui prenaient le train étaient contre l’ouverture de la gare et ceux qui ne le prenaient pas ou peu étaient pour. Pourquoi ? en fait les gens qui prenaient peu le train étaient les anciens du quartier sud-gare souvent d’anciens cheminots et l’ouverture de la gare était la reconnaissance qu’ils étaient des rennais comme les autres.  Or leur quartier avait été construit derrière la gare, elle -même étant en dehors de la ville. Les personnes qui prenaient le train, venaient s’installer dans ce quartier fait de maisons anciennes avec des jardins, un peu en dehors du bruit de la ville. Ce sont des couches moyennes intellectuelles sensible à l’environnement et leur statut social représente le statut de ceux qui habitent en partie les métropoles : les nouveaux urbains jeunes cadres dynamiques. Se protéger des flux était essentiel. Bien sûr il ne fallait pas céder et ouvrir la gare au sud, mais si on ne comprend pas ce vécu de la rue, du quartier comment faire évoluer la ville ?

La ville bouge sans cesse comme la société. Saisir ces mouvements qui peuvent être contradictoire, c’est à la fois la grandeur de l’action politique, mais aussi sa fragilité : être capable de répondre à « l’insociable sociabilité » qui renvoie au « penchant des hommes à entrer en société, un penchant pourtant lié à une résistance générale qui menace constamment de rompre cette société » (1) ou comme l’a dit St Augustin « être indifférent à la différence »

(1) E. Kant

Illustration : © antrimguardian.co.uk

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