Résumé — HUSAM ALWAER – Quelle ont les conditions permettant de faire de la vie locale une réponse concrète aux crises urbaines contemporaines.

L’intervention du professeur Husam AlWaer explore la possibilité de faire de la vie locale une réponse réaliste aux crises urbaines contemporaines. Sa réflexion s’inscrit dans un contexte marqué par le changement climatique, les inégalités de santé, la crise du logement, le coût de la vie, les transformations du travail et les effets durables de la période post-COVID.
S’appuyant sur une décennie de travail avec des gouvernements, des praticiens, des décideurs publics et des chercheurs, il plaide pour une nouvelle approche du quartier fondée sur la proximité, les modes de vie bas carbone et le bien-être humain.
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Pourquoi la vie locale redevient centrale

Husam AlWaer montre que la pandémie puis la période post-COVID ont révélé l’importance de la proximité, de la lenteur et de la localité, surtout dans les territoires où les habitants disposaient d’un bon accès aux parcs, aux espaces publics, aux services, aux logements mixtes et aux transports.
À l’inverse, les quartiers défavorisés ou périphériques ont mis en évidence de fortes inégalités d’accès à ces ressources.
Il en conclut que la vie locale devient un prisme essentiel pour répondre aux objectifs de réduction carbone, de santé environnementale, de travail hybride, de santé mentale et physique, et plus largement de résilience sociale.
Cette réflexion rejoint les notions d’habitabilité, de ville douce et de ville humanisée, qui renvoient toutes à des environnements urbains plus attentifs, plus confortables et plus écologiques.
Le quartier comme milieu de vie connecté

L’un des messages majeurs de l’intervention est que le logement ne suffit pas à fabriquer un quartier. La vie locale suppose une forme urbaine compacte, une vraie mixité des usages, une densité adaptée et une masse critique d’habitants et d’activités. Elle exige aussi de sortir du zonage monofonctionnel et de l’étalement urbain, qui allongent les distances et renforcent la dépendance à la voiture.
Husam AlWaer oppose ainsi les villes qui concentrent trop fortement leurs ressources dans le centre à celles qui, comme Utrecht, Fribourg, Leipzig ou Copenhague, cherchent à renforcer des quartiers connectés à l’échelle de toute la ville.
Dans cette perspective, le centre conserve sa place, mais l’équité territoriale passe par une meilleure répartition des équipements, des services et des opportunités.
Infrastructures sociales, proximité et urbanité quotidienne

Husam AlWaer insiste aussi sur la nécessité de redéfinir les infrastructures. Au-delà des réseaux techniques et de transport, il met en avant le rôle des infrastructures civiques et sociales comme lieux de rencontre, de lien et de vie collective.
Une bibliothèque, par exemple, n’est plus seulement un lieu consacré au livre : elle peut devenir un espace multifonctionnel de sociabilité et d’opportunité. Cette réflexion rejoint celle du quartier de 20 minutes, qui ne se réduit pas à la marche ou au vélo, mais articule la proximité des services essentiels, l’accès aux transports publics, la mixité fonctionnelle, l’habitabilité et l’inclusivité.
Selon lui, la forme urbaine influence directement les comportements : lorsque la ville est pensée pour la voiture, la voiture s’impose ; lorsqu’elle est pensée pour la proximité et les mobilités actives, d’autres pratiques deviennent possibles.
Questions et débat : du quart d’heure au quartier de 20 minutes

Dans cet échange, Husam AlWaer a expliqué que le passage de la ville de 15 minutes au quartier de 20 minutes répond à des considérations à la fois pratiques et conceptuelles.
Le modèle des 20 minutes correspond davantage aux distances réellement marchables et reconnaît que tout ne peut pas être atteint en dix ou quinze minutes. Il souligne aussi que le nombre exact de minutes importe moins que l’ambition plus large de créer une nouvelle manière de vivre localement.
Interrogé sur des exemples, il a cité Broughty Ferry comme illustration d’un quartier très local et a confirmé que même des villes marquées par des visions urbaines plus anciennes peuvent évoluer vers de nouveaux modèles.
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